retour au menu

                   




Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et, sans dire un mot, te mettre à rebâtir
Ou perdre, en un seul coup, le gain de cent parties
        Sans un geste et sans un soupir...

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
        Sans mentir toi-même d'un mot...

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver sans jamais laisser ton rêve être ton maître,
        Penser sans n'être qu'un penseur...

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
        Quand tous les autres les perdront...

Alors les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront, à tout jamais, tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
        Tu seras un homme, mon fils !

Rudyard Kipling
traduction d'André Maurois